“[…] Les deux bonnes sont là – les dévouées servantes !
Devenez plus belles pour les mépriser. […] Nous ne vous craignons plus. Nous sommes enveloppées, confondues dans nos exhalaisons, dans nos fastes, dans notre haine pour vous.
Nous prenons forme, Madame ! […]”
Les bonnes, Jean Genet

LES BONNES
Jean Genet 

Mise en scène et lumières
Adrien Bernard-Brunel

Claire
Hélène Guichard

Solange
Cécile Dubois

Madame
Sandrine Baumajs

Costumes
P’tit Jouk

Construction et accessoires
Adrien Alessandrini

Musique
Eléonore Guillaume

À partir de 14 ans
Durée : 1h15

LA FABLE

Claire et Solange sont soeurs. Elles travaillent en tant que bonnes au service de Madame.
Claire est la femme de chambre de Madame, et Solange, son aînée, est l’économe de Madame.
Lorsque Madame est absente, les deux soeurs ont un rituel : un jeu de travestissement durant lequel l’une d’elle joue Madame, pendant que l’autre joue sa sœur dans son rôle de bonne.
Ce soir Madame n’est pas encore rentrée – Claire joue Madame, et Solange, Claire.
Elles sont arrivées à un moment critique du jeu de rôles qu’elles ont tissés depuis longtemps :
Ce soir Madame doit mourir…

INTENTIONS

Avec ces Bonnes, le Tricorne propose au public l’expérience d’un songe. Le conte cauchemardesque du combat de ces deux sœurs pour exister aux yeux du monde. Ces deux bonnes fermées au monde extérieur, inhibées dans leur mal-être et leurs frustrations découvrent, malgré elles, comment se noue, dans les relations, la notion de domination. Même si le texte paraît très écris, dans un langage soutenu, il n’est en aucun cas littéraire. La parole et le verbe de Genet sont à la fois exaltés, délicats et crus. Tout en nous plongeant dans l’univers trivial d’une chambre d’un appartement parisien où se trame quelque affaire de meurtre, la verve de ce récit nous invite à une interprétation venue des grandes cérémonies théâtrales du théâtre antique.
Ces deux soeurs, voyons les comme des gamines (trop vieilles pour n’être que des enfants) qui découvrent le pouvoir suggestif de la parole. Leur jeu de rôle prend la forme d’une cérémonie macabre dont elles ne maîtriseront pas les conséquences. L’ambiance musicale à l’accordéon composée de modules de notes, d’accords et d’ostinatos emènera le jeu de rôle de ces bonnes à une forme d’expression litturgique. Quant à Madame, elle est avant tout une figure. L’idéal monstrueux et magnifique telle que la perçoivent ses deux bonnes. Car Madame, leur maîtresse, les confond toujours ; Madame est leur unique interlocutrice et référence de la réalité. La scénographie et les costumes presque exclusivement noirs ne font qu’évoquer le décorum d’un drame bourgeois du XIXème siècle. Par des silhouettes, des courbes, des jeux d’ombres et de lumière monochrome, un maquillage et un éclairage aux influences expressionnistes la mise en scène plonge le spectateur dans la sensation du souvenir immédiat d’un songe angoissant et salutaire.

PERSPECTIVES

C’est un conte, une forme de récit allégorique… un conte… il faut à la fois y croire et refuser d’y croire …
Prévient Genet dans sa note préface Comment jouer Les Bonnes.

Le Tricorne propose d’aborder cette œuvre comme un songe, un cauchemar social, un conte poétique au verbe magnifié et puissant qui confronte à l’éternelle interrogation de l’Homme, savoir qui il est pour lui et pour les autres, à la question animale de la domination/soumission.
Car qu’elle soit sociale, physique ou psychologique, la domination est la problématique cruciale des sociétés humaines. D’abord, parce qu’elle est nourrie par notre état animal et qu’elle s’apparente à un instinct de survie primitif plus où moins inconscient. Ensuite, parce que, sublimée par notre évolution intellectuelle, elle peut aller jusqu’à la perversion. Cette domination est sans cesse source d’oppressions et de souffrances, que ce soit à l’échelle de l’humanité ou dans la modestie de notre quotidien. La partition de Genet en propose une représentation exacerbée, comme dans un rêve angoissant.
C’est autour de cette idée de conte, qui ouvre tant de perspectives théâtrales, que nous orientons notre proposition de mise en scène et d’interprétation.

MYTHOLOGIE & FAITS DIVERS

Une idée reçue, particulièrement tenace, consiste à attribuer l’origine de la pièce à un fait divers relaté dans le magazine Détective en 1933 : L’Affaire des Soeur Papins.
Le 2 février 1933, au Mans, Christine et Léa Papin ont tué leur patronne, Mme Lancelin, ainsi que sa fille, à qui elles ont enlevé les yeux. L’influence de ce crime sanglant sur la pièce de Genet est purement structurelle : Deux soeurs, bonnes, qui assassinent leur maîtresse. Mais la ressemblance s’arrête-là puisque la pièce raconte un meutre impossible à perpétrer.
Cependant, Claire l’affirme à Madame dans la pièce : «Je lis Détective…» On peut alors imaginer que les deux héroines de Genet sont inspirées par la lecture de ce fait divers pour tramer leur scénario d’assassinat.
Mais, pour rédiger sa pièce, Genet s’inspirera plutôt des drames de Marlowe, de Mademoiselle Julie d’August Strindberg. Et sans doute, de la chanson Anna la bonne, de Jean Cocteau racontant l’histoire d’une bonne qui empoisonne sa maîtresse… comme le Gardénal versé dans le tilleul destiné à Madame dans la pièce de Genet…

Cie Théâtre du Tricorne
Production
Théâtre de l'Usine / Cie Hubert Jappelle
Co-réalisation et aide à la création