Une pianiste et un comédien, dans la plus grande simplicité d’exécution de leur art, viennent pour interpréter les vingt-quatre préludes pour piano seul, Opus 28 de Frédéric Chopin avec des morceaux choisis des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire. Un récital poétique et musical, en guise de remède contre l’ennui et le vague à l’âme…

24 FLEURS DU MAL
F.Chopin / C.Baudelaire

Récital pour pianiste et Comédien

Eléonore Guillaume
Pianiste | Préludes Op.28 – Frédéric Chopin

Adrien Bernard-Brunel
Comédien | Les Fleurs du Mal – Charles Baudelaire

Pierre Émile Soulié
Régisseur & Création lumière

À partir de 12 ans
Durée : 1h15

NOS 24 FLEURS DU MAL

Ce qui nous a amené à monter un récital autour des ces deux auteurs et de leurs oeuvres manifestes, ce n’est pas leur contemporanéité, ou quelconques rapports à Georges Sand, aimée du compositeur et haïe du poète, Non. Notre choix qui inspira l’union de Chopin et de Baudelaire dans le programme de notre récital a été d’abord sensitif et vibratoire. En cela, sans doute, nous assumons cette subjectivité toute personnelle avec laquelle nous avons à coeur de partager ces oeuvres. Mais que ce soit dans Les Fleurs du Mal ou dans l’Opus 28, les questions d’interprétation qui se posent pour le comédien et celles qui se posent pour le pianiste semblent se rejoindre les unes avec les autres à la faveur de ce mariage.
Notre désir de confronter ces deux créateurs trouve d’ailleurs un allié chez André Gide. Dans ses Notes sur Chopin, l’auteur des Nourritures terrestres se prête au jeu des ressemblances syntaxiques et des coïncidences biographiques entre le compositeur et le poète :

“L’œuvre de Chopin, guère plus volumineuse dans son genre que l’oeuvre poétique de Baudelaire, est comparable aux Fleurs du Mal par l’intense concentration et signification des meilleurs pièces qui la composent, et par l’extraordinaire influence que l’une et l’autre, par là même, purent exercer. […] De plus, il me semble que Chopin, dans l’histoire de la musique, tient à peu près la place (et joue le rôle) de Baudelaire dans l’histoire de la Poésie. Incompris d’abord l’un comme l’autre, et pour de semblables raisons.”

André Gide, Notes sur Chopin, Revue Internationale de Musique, 1938.

DES PRÉLUDES AUX FLEURS DU MAL

Formant l’opus 28, les 24 préludes de Chopin, inspirés du Clavier Bien Tempéré de Bach, ont cette particularité de rassembler en un seul cahier toute la richesse et la poésie de Chopin. On y retrouve, sous une forme concentrée, ses Nocturnes, ses Ballades, ses Mazurka, ses Etudes… Ce qui apparait dans ce cahier, c’est un univers complet qui forment ces 24 préludes. Chacun se suit sous forme de petites mosaïques bien organisées, reliées par leurs tonalités.
Ainsi, Chopin nous ballade dans un grand voyage intérieur où dialoguent passion et intimité, bouillonnement et douceur. Il semblait ainsi naturel de tenter de faire dialoguer ces 24 préludes avec les fleurs du Mal de Baudelaire.
Car ces Fleurs du mal sont comme le journal d’un poète qui, retenu sur terre par la médiocrité du trivial, tente de s’élever vers un idéal. Charles Baudelaire y revendique le poète comme un être d’exception, naviguant entre les hommes et les puissances suprêmes. Pour échapper à la vulgarité du quotidien, le poète cultive son jardin, dévasté par l’horreur humaine et le crime, et tente d’y planter des Fleurs qui ne peuvent pousser que par l’alchimie du Mal et de l’Idéal.
La progression rythmique et sémantique, alambiquée et fiévreuse, des poèmes de Bénédiction à L’Héautontimorouménos semble entrer en résonance avec celle des préludes de Chopin. Même si nous en avons choisi des extraits, ces derniers conservent leurs positions chronologiques. Car du Spleen à l’Idéal, Charles Baudelaire livre le manifeste d’un poète alchimiste dont nous avons souhaité conserver le Modus operandi. Il définit, dans ses Fleurs du Mal, l’Être Humain dans sa posture la plus manichéenne. La déchirure de l’âme entre l’angoisse du quotidien et de la réalité qu’il désigne comme l’ennui à l’aspiration vers un idéal (la beauté, la joie, le sommeil et la mort).
Ce manifeste contre l’ennui, nous avons pris le parti de le faire nôtre et de l’assumer tel quel dans ce spectacle. Nous introduisons notre récital par Au Lecteur, comme Baudelaire prépare la découverte de ses Fleurs du Mal. Loin de se substituer à l’expérience de la lecture, notre récital, destiné à l’épreuve éphémère du moment théâtral, se propose d’inviter le spectateur à l’écoute d’un dialogue entre les 24 Préludes de Frédéric Chopin et ces vingt-deux Spleens extraits des Fleurs du Mal de Charles Baudelaire.

Eléonore Guillaume & Adrien Bernard-Brunel

Article de Pierre-Édouard Charpentier / Gazette du Val-d'Oise

Cie Théâtre du Tricorne
Production
Théâtre de l'Usine / Cie Hubert Jappelle
Co-réalisation et aide à la création